Accueil Apprendre à naviguer La propulsion électrique… Où en sommes-nous ?

La propulsion électrique… Où en sommes-nous ?

par Aurélie Renier

La prise de conscience de l’impact de nos activités humaines sur l’environnement, gagne heureusement le nautisme. Nous naviguons de manière plus responsable que par le passé, mais qu’en est-il de la propulsion électrique ? Est-ce viable, abordable, efficace ?

La propulsion électrique s’invite partout sur les véhicules terrestres, de la voiture à la trottinette en passant par le vélo, or le bateau évolue dans un milieu où les prises de courant ne sont pas légion et comporte souvent en plus, une cellule de vie avec ses propres besoins énergétiques, ce qui génère des contraintes supplémentaires en matière d’autonomie. Voici, en l’état actuel de la technologie, ce que nos bateaux peuvent attendre de la fée électricité.

Propre et silencieux !

On observe de plus en plus de hors-bord électriques sur les annexes et petits bateaux, et des in-bord commencent à équiper des bacs, bus de mer, ou bateaux à passagers, souvent fluviaux. Autant d’usages où l’on ne s’éloigne jamais bien loin d’une prise électrique, et pour lesquels il est aisé de calculer, sinon de maitriser les besoins en matière d’autonomie. Un moteur électrique a de multiples avantages : il est silencieux, propre, s’use peu, et sa puissance fait qu’il se dispense fort bien d’un réducteur ou d’un inverseur. Le vrai hic, reste les batteries qui sont lourdes, périssables et surtout particulièrement coûteuses. La seule solution pour limiter ce coût, est de concevoir des bateaux économes en énergie et qui donc, auront besoin de moins de batteries pour la stocker à bord.

Un cercle vertueux !

Pour maîtriser les besoins en énergie, on dessine des bateaux spécifiques et optimisés, avec des carènes qui traînent peu d’eau et des équipements électriques aussi économes que possible… Toute une addition de petits gains qui, pris séparément, paraîtraient anodins, mais qui finissent par former un véritable cercle vertueux. En combinant cette baisse des besoins, avec des solutions de recharge performantes, on parvient à créer des bateaux très efficaces, mais qui ont peu à voir avec ceux auxquels nous sommes habitués. Piloter un de ces bateaux purement électrique est un réel plaisir ! Le silence offre de percevoir des sons que l’on n’entendait plus, mais c’est surtout le toucher des commandes qui est particulier. La progressivité est impressionnante, même si l’on s’habitue vite à ce pilotage en douceur. A ce rythme, même l’autonomie est impressionnante… Ce sont des sensations nouvelles, différentes, presque magiques, tant est tangible, l’économie des moyens mis en œuvre.

Les batteries, une grosse caisse !

On imaginerait pouvoir transposer cela à bord d’un bateau actuel. Disposer au catalogue, d’une option « propulsion électrique » à côté des versions thermiques… Voilà qui est parfaitement illusoire ! Tirer le meilleur parti de l’énergie électrique implique une optimisation telle, qu’elle ne va pas sans une remise à plat complète du dessin et de la conception de nos bateaux : exit les carènes planantes qui nécessitent une débauche d’énergie pour déjauger… Finie l’hérésie énergétique que représentent les frigos de pont placés en plein soleil… Pour goûter à la sérénité électrique, il faudra remettre en cause certaines habitudes, décliner quelques propositions marketing et admettre une certaine frugalité énergétique. De la même façon, et même si cela peut paraître tentant, il n’est pas raisonnablement envisageable de remplacer son installation thermique vieillissante par une autre électrique : la consommation resterait importante et nécessiterait une banque de batteries conséquente et donc chère. On estime qu’un Wh de batterie au Lithium coûte entre 0,85 et 1,15 €. Cela signifie qu’un parc juste suffisant pour alimenter un moteur de 10 kw pendant 1 heure coûterait au bas mot 10 000 Euros. On pourrait vouloir épauler ce système à l’aide de panneaux solaires, mais un simple calcul permet de mesurer la superficie nécessaire pour recharger un tel parc de batteries !

Un bateau habitable, conçu pour cela et dont chaque consommateur aura été optimisé, pourra donc être alimenté et propulsé en électrique. A bord d’une annexe, ou pour les manœuvres de port d’un petit voilier, un hors-bord électrique sera parfait. En revanche, remplacer un moteur principal par une propulsion purement électrique n’est pas imaginable sans une profonde remise en cause de nos fonctionnements. Il reste donc la solution hybride (en fait un groupe électrogène qui alimente une propulsion électrique), qui représente une solution convenable en attendant que des progrès techniques ne rendent les batteries plus propres, plus légères et plus abordables.

L’article est rédigé par Olivier Chauvin.

Articles liés