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Reconnaître et nommer les gréements traditionnels

par Aurélie Renier

Naviguer à bord de bateaux modernes n’exclut pas de connaître les silhouettes de ceux d’antan ! C’est plus vrai encore depuis que les bateaux modernes empruntent aux anciens leurs voiles à corne, leurs bout-dehors et bien d’autres solutions techniques…

Que nous soyons plaisancier occasionnel ou navigateur aguerri, que nos sorties soient côtières ou plus lointaines, être capable de reconnaître et de nommer un voilier classique à sa silhouette, c’est être partie prenante de la tradition maritime. Une tradition vivante et qui le restera tant que ces savoirs et les noms de ces gréements se transmettront. Il est d’ailleurs amusant d’observer qu’à l’heure où les bateaux se mettent à voler, pratiquement aucun ne sort de chantier sans un bout-dehors, tout comme les navires du temps de la marine en bois.

Un seul mât !

Les gréements les plus simples ne comportent qu’un mât et qu’une voile et se nomment catboat. Souvent leur mât n’est pas haubané et il est implanté très en avant du bateau. Les sloops, eux non plus n’ont qu’un mât. En revanches ils portent 2 voiles : le foc à l’avant et la grand-voile en arrière du mât. C’est le type de gréement le plus répandu sur les bateaux de plaisance actuels. Toujours à un mât, mais cette fois avec 2 voiles d’avant, (un foc et une trinquette), le cotre allie élégance et efficacité, surtout lorsqu’un flèche est hissé au dessus de sa grand-voile. Il s’agit d’une voile carrée, que l’on envoie par beau temps et qui complète la surface de la grand-voile.

Deux jambes !

A partir d’une certaine taille, les architectes préfèrent souvent équiper les bateaux de deux mâts. Cela permet de fractionner le gréement et donc de réduire la surface de chaque voile qui restent ainsi plus maniables pour l’équipage. Sur un tel gréement, il est aussi plus facile d’agir sur l’écoulement de l’air entre chacune des voiles et donc sur l’efficacité du plan de voilure tout entier. Le ketch, comporte deux mâts, dont le plus court, l’artimon est à l’arrière, et le grand mât à l’avant. C’est le plus fréquent des 2 mâts, même si certains voiliers qui répondent à cette description, sont en fait des yawls. Sur ceux-ci, le mât arrière, nettement plus court est situé en arrière du gouvernail. Il se nomme alors tape-cul. Lorsque le mât avant, est plus court ou de même taille que celui de l’arrière, nous sommes en présence d’une goélette. Notez qu’une goélette peut compter plus de 2 mâts et que c’est l’un des gréements les plus élégants ! Le mât avant, tout comme la voile qu’il porte est dit de misaine.

De bois, de toile… et de pas mal de cordages !

Un voilier est fait de tout cela et se limiter au nombre de ses mâts pour le définir, serait trop simple ! Les grand-voiles modernes sont généralement de forme triangulaire, elles sont alors dites bermudiennes ou marconi, quand leur guidant est fixé au mât. Lorsque leur plus long côté est transfilé sur une antenne leur servant de vergue, elles sont dites latines. Lorsqu’une voile est carrée, elle est fixée à un espar, la vergue. C’est de l’emplacement du point de drisse sur celle-ci que dépendra le nom de cette voile : s’il est situé au tiers avant de la vergue, la voile sera dite… au tiers ! Si la drisse est frappée à une extrémité, la vergue prend alors le nom de corne et reçoit une seconde drisse chargée de l’apiquer. Ce gréement se nomme aurique lorsque la corne reste assez perpendiculaire au mât. Si elle est apiquée au point que la voile paraisse presque triangulaire, elle est alors dite houari. Si la vergue est liée au mât par son milieu, il s’agit d’une voile carrée dont le nom dépend de sa position au sein du gréement : hunier, perroquet, cacatois…

Ces termes, notions et solutions peuvent paraître anachroniques, or, il suffit d’une visite attentive dans un musée maritime pour se rendre compte que les anciens connaissaient et utilisaient déjà la plupart des techniques et solutions que nous faisons mine de ré-inventer. Si elles sont désormais plus efficaces, c’est simplement que nous utilisons des cordages et des matériaux modernes. Ainsi, ne croyons pas avoir inventé quoi que ce soit avec nos manilles textiles (qui se nommaient alors erse à bouton), nos anneaux de friction, nos pad eyes, nos bout-dehors, nos ballasts…

Les architectes et concepteurs d’aujourd’hui ne font que puiser dans un vaste réservoir de savoirs et de techniques anciennes. Leur talent consiste à choisir et combiner le meilleur d’hier et d’aujourd’hui !

L’article est rédigé par Olivier Chauvin.

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